RAYONNEMENT DE L'EXEMPLE
- L'exemple est un des plus puissants moyens d'éducation. Notre-Seigneur a commencé par faire avant d'enseigner. « Coepit facere et docere. »
- Notre attitude à l'heure de la prière, notre façon de faire le signe de la croix, le respect avec lequel nous prononçons les paroles de la Sainte Messe, le regard de foi que nous fixons sur l'hostie ont, à notre insu, plus d'influence sur les âmes que les plus beaux discours.
- Ce qui compte en matière d'éducation, c'est ce que nous sommes ou, à tout le moins, ce que nous nous efforçons d'être, bien plus que ce que nous disons.
« On fait plus de bien par ce qu'on est ou par ce qu'on fait, que par ce qu'on dit. » (Ollé-Laprune.)
- Le meilleur moyen d'éveiller et d'affermir la foi de ceux qui nous entourent, c'est de leur prouver par toute notre vie, en agissant conformément à ce que nous affirmons, que nous croyons vraiment à ce que nous disons.
- Il n'est pas de plus grave dommage que l'on puisse causer à l'enfant que de l'habituer à considérer les vertus du christianisme comme des choses qui se disent, mais qui ne se font pas. Le christianisme alors n'est plus qu'une langue sublime, il cesse d'être une vie.
- Il y aurait à chercher plus loin, dans la psychologie même de l'adolescent, les raisons qui donnent à l'exemple la supériorité sur la parole. Ce qui croît chez l'enfant, c'est l'indépendance, en même temps que l'affirmation de sa personnalité.
Il tend à secouer un beau matin le joug: non seulement celui qui pèse actuellement sur lui, mais celui qui pèse dans son avenir. Par un instinct subtil, il distingue nettement ce qu'il doit à autrui et ce qu'il se doit à lui-même. Follement avide de rejeter l'influence étrangère, il garde jalousement ce qu'il s'est approprié par son propre choix. Et dès lors il faut accorder à l'influence indirecte, et pour ainsi dire involontaire et anonyme, une efficacité bien plus profonde et tenace, qu'à l'influence directe qui s'exerce par volonté, par pression, et par contrainte.
L'esprit de contradiction n'est pas seulement un jeu auquel se plaît l'humeur juvénile; il est dans la nature. La vie est si égoiste et s'aime tellement elle-même qu'elle finit par se dépouiller, autant qu'elle le peut, de ce qui n'est pas elle.
C'est pourquoi il est si important que la formation spirituelle dérive non d'un commandement auquel on est tenté de s'opposer, mais de l'estime qt de l'amour secret de la vertu dans un exemple vivant. (R.P. Charmot. )
AUTORITÉ
- L'autorité est un ensemble de qualités en vertu desquelles l'éducateur amène facilement les enfants à aimer et à vouloir ce qu'il estime conforme à leur plus grand bien.
- L'autorité ne s'obtient pas sur commande, ou en vertu de la fonction que l'on assume : il faut la gagner et la mériter.
- Si l'éducateur exerce l'autorité, ce doit toujours être pour le plus grand bien des enfants ici plus qu'ailleurs, commander c'est servir.
- Ne confondez pas autorité et autoritarisme. L'autoritarisme est une caricature de l'autorité en vertu de laquelle on commande « sans raisons proportionnées ».
Rien de plus dangereux, car à force d'intervenir à chaque instant, à tort et à travers, on risque d'étouffer toute spontanéité chez ceux à qui on commande, et on finit par se rendre odieux.
Remarquez que ce sont souvent les tempéraments timides qui sont les plus autoritaires. Etant les moins sûrs d'eux-mêmes, ils ont besoin de se convaincre, par des affirmations réitérées et souvent intempestives, qu'ils sont les maîtres.
L'essentiel n'est pas de commander, mais d'obtenir, et l'idéal est d'obtenir en commandant le moins possible.
- Par le fait même que vous avez une responsabilité, et dans la mesure où vous l'avez, vous détenez l'autorité.
Si vos qualités d'autorité ne sont pas à la hauteur de votre fonction, il y a là un désordre qui peut être cause de graves dommages pour vous et pour les autres.
En effet, si, par manque d'autorité, vous ne faites pas respecter « l'autorité », vous facilitez l'indépendance, la révolte ou l'anarchie.
- En règle générale, lorsque les enfants n'obéissent pas, c'est la faute de celui qui les commande.
Réitérant ses ordres sans effet, obligé de faire lui-même une grande partie du travail qu'il n'obtient pas des autres, il se fatigue, il s'épuise, se décourage et n'aboutit qu'à des résultats déplorables.
N'ayant pas d'influence sur les enfants, il obtiendra d'eux difficilement les efforts qui leur sont nécessaires pour contracter des habitudes bonnes et salutaires.
- Les enfants ont besoin d'être aidés; ils ont à réagir contre des tendances mauvaises; ils ont à acquérir peu à peu des qualités qui leur manquent ou à développer celles qui ne sont en eux qu'à l'état de germes.
- Il y a des hommes qui ont naturellement de l'autorité: c'est inné chez eux; ils exercent autour d'eux une influence évidente. On dirait qu'il s'échappe d'eux un fluide magnétique en vertu duquel ils modifient à volonté l'ambiance du milieu où ils se trouvent. Ils n'ont même pas besoin de réclamer le silence : le silence semble se faire tout naturellement lorsqu'ils parlent.
Lyautey s'imposait en maître, par une sorte de rayonnement physique, qui n'était que le reflet de son âme de feu.
Aucun n'a échappé à cette impression de force à haute tension qui émanait de sa personne, à cette température de brasier, à ce puissant rayon de vie qu'il dégageait, obscur et direct, pour aimanter les âmes et les galvaniser. (G. de Tarde.)
- L'autorité, en certains cas, peut être une question de tempérament, d'atavisme même. L'autorité peut cependant s'acquérir; elle peut se développer comme elle peut se perdre, selon certaines règles ou lois qu'il est toujours utile de connaître.
- Si vous voulez que l'enfant ait du respect pour vous, respectez-vous vous-même. Ne prononcez jamais un mot déplacé, jamais un mot d'argot ; ne vous permettez aucune plaisanterie douteuse, aucune familiarité. Evitez tout laisser aller dans votre tenue. Saint thomas d'Aquin a écrit : « la familiarité engendre le mépris ».
L'ART DE COMMANDER
- Ce n'est pas l'importance du commandement qui fait la grandeur du chef, mais la façon dont il commande. (Foch.)
- Si le commandement consistait à donner des ordres, son rôle ne serait pas difficile. Il s'agit d'obtenir l'exécution, et c'est là le nœud de la question.
- D'abord et avant tout, sachez vous-même exactement ce que vous voulez, puis donnez vos ordres avec l'intention ferme de les faire exécuter ; sinon les enfants s'en apercevront et ne se donneront plus la peine de tenir compte de ce que vous dites.
- Quand vous avez à commander, faites-le avec une fermeté tranquille et une véritable assurance d'être obéi.
- Ne donnez jamais un ordre sur un ton suppliant ; ne mendiez jamais l'obéissance.
- Il faut s'arranger pour ne jamais avoir à répéter plusieurs fois le même ordre. Pour cela, il ne faut donner un ordre que dans des conditions telles que ceux qui doivent l'exécuter l'aient entendu et compris et puissent le réaliser immédiatement.
- Pour être bien sûr d'avoir été entendu et compris, faites répéter l'ordre par les enfants eux-mêmes.
- N'exigez que des choses raisonnables. Par exemple, ce serait user votre autorité que d'obliger les enfants à rester immobiles et silencieux pendant un certain temps sans les occuper ou les intéresser.
- Ne multipliez pas les défenses. Choisissez à l'avance et arrêtez avec fermeté un petit nombre de points précis absolument fixes sur lesquels vous êtes décidé à obtenir une discipline absolue. Etre intransigeant sur le respect de ces disciplines fondamentales, c'est se donner le moyen d'être très libéral pour laisser le champ à la liberté individuelle.
- Un effort, un sacrifice même est consenti de bon gré s'il est posé dès le début comme une condition préalable au bon fonctionnement du jeu ou à la bonne marche de la journée.
- Si au début on tolère l'à-peu-près, on sera vite débordé.
- Autant que possible, évitez les ordres négatifs : l'interdiction de faire une chose fait naître l'idée et le désir de la chose défendue.
Quelques exemples :
au lieu de dire : « ne trichez pas »
dites : « jouez loyalement. »
au lieu de dire : « ne tournez pas la tête à la chapelle »
dites « regardez le tabernacle. »
au lieu de dire : « ne jouez pas à des jeux de mains »
dites : « ayez toujours de bonnes manières et conduisez-vous en enfants bien élevés. »
au lieu de dire : « ne soyez pas malpropres »
dites : « on est heureux lorsqu'on est propre. »
au lieu de dire : « ne soyez pas en retard »
dites : « arrivez cinq minutes avant l'heure. »
- Une autre méthode consiste à présenter avec humour les choses défendues sous un aspect plus restrictif que prohibitif.
Exemples :
au lieu de dire : « Il est défendu de monter aux arbres et d'escalader les murs »
dites : « seuls peuvent monter aux arbres ceux qui en ont la permission écrite de leur maman. »
au lieu de dire : « ne ramassez pas de pommes »
dites : « il faut la permission du fermier ou du garde-champêtre pour ramasser les pommes. »
au lieu de dire : « je vous défends de jouer sur la route »
dites : « vous pouvez courir ou jouer où vous voulez jusqu'à la route, je ne dis pas « sur la route » car sur la route il passe des autos et cela me ferait beaucoup de peine de rapporter ce soir un petit bonhomme en morceaux à sa maman. »
- Pour obtenir facilement l'adhésion de la volonté des enfants aux efforts que vous avez à leur demander, supposez le problème résolu : faites miroiter à leur imagination l'image attrayante de ce qu'ils vont être en se surpassant eux-mêmes.
Par exemple: « Voici comment nous pourrions faire pour agir en vrais amis de Jésus.
- Une bonne manière d'amener un enfant à vouloir ce que vous désirez : développer chez lui des ambitions saines ; lui présenter l'idéal de ce qu'il peut être, le lui faire désirer avec enthousiasme.
- Il y a au fond de tout enfant un héroïsme latent auquel il convient de faire appel souvent si on veut l'aider à se dépasser.
- Lorsque vous avez à donner un conseil à un enfant, ou même lorsque vous avez un reproche à lui faire, supposez toujours chez lui les qualités, au moins en germe, que vous voudriez voir se développer.
Au lieu de dire à un enfant: « vous êtes un paresseux, un sans-cœur, un maladroit », dites-lui: « quelle belle occasion pour vous de montrer que vous avez bon cœur, - je savais bien que vous aviez bon caractère, je suis bien certain que si vous le vouliez, vous nous étonneriez tous par votre gentillesse. »
- Incluez-vous vous-même le plus souvent dans la collectivité.
Exemples : au lieu de dire « vous ferez ceci ou cela », dites : « nous ferons... »
Au lieu de dire: « quand vous arriverez à la chapelle vous vous tairez », dites : c nous nous tairons quand nous arriverons à la chapelle ».
- L'enfant n'a pas à faire tout ce qu'il veut, mais vous devez faire en sorte qu'il veuille tout ce qu'il fait.
- N'humiliez jamais un enfant d'avoir obéi. Ne dites jamais: « Ah! je savais bien que tu finirais par' plier. »
- N'admettez jamais que vos ordres soient discutés en public. Si un enfant exprime du mécontentement en public, vous pouvez être certain qu'il polarisera autour de lui d'autres résistances.
- Ne faites jamais de menace que vous n'êtes pas en mesure de mettre à exécution. De même, ne promettez jamais une récompense que vous n'auriez pas l'intention de donner. Promesse est chose sacrée, et l'enfant, qui a le sens aigu de la justice, sera déconcerté et même scandalisé s'il aperçoit chez vous le moindre symptôme de fourberie, même pour le bon motif.
L'ART D'ENCOURAGER
- Soyez encourageants: faites confiance à l'enfant, sous bénéfice d'inventaire.
- Croyez, aux bonnes intentions et aux bonnes dispositions des enfants ; le bien doit être supposé, le mal doit être prouvé. Si ces bonnes dispositions existent, elles se trouveront renforcées par la confiance qu'on a en elles, et l'enfant se sentira comme obligé de se montrer digne d'une telle confiance.
- La confiance opère à la manière d'une suggestion : « On me croit bon, donc il doit y avoir du bon en moi, donc je puis être tout-à-fait bon. » En revanche, croire au mal c'est provoquer l'enfant à mal faire.
- Prenez les enfants comme ils sont, puis éduquez-les, entraînez-les, améliorez-les, perfectionnez-les. Découvrez leurs aptitudes et leurs qualités, et mettez-les en valeur.
- Dire à un enfant qu'il est poltron, qu'il craint l'orage, qu'il est timide, paresseux, équivaut à créer chez lui ces défauts qui n'existent encore qu'à l'état embryonnaire ; c'est de la qualité contraire qu'il faut parler : « montrez que vous êtes capable de ... »
- L'attitude mentale qui influence peut se traduire par cette phrase : « Vous êtes bien comme vous êtes, mais vous pouvez vous perfectionner, et voici comment. » « Ce que vous faites est bien ; mais vous pouvez faire mieux encore, et voici comment... »
- Ne laissez jamais les enfants sous l'impression d'un échec.
- Relevez à propos le moindre acte de bonne volonté de l'enfant ; faites-lui toucher du doigt la qualité qu'il doit acquérir. Faites constater aux enfants leurs progrès pour les encourager à en faire de nouveaux.
- Essayez de donner à l'enfant comme modèle, non pas vous ou un autre enfant, mais lui-même les jours où il a été sage ; qu'il veuille être digne de ses meilleurs moments.
- Que l'enfant qui a fait des efforts et des progrès sache que vous les avez vus et que vous êtes content de lui.
- Plus vous considérerez les bonnes qualités de chacun, plus vous serez bienveillant à son égard. Cherchez, et vous trouverez quelque mérite chez les plus déshérités des êtres humains.
L'ART DE RÉPRIMANDER
- Il faut savoir garder la mesure dans les réprimandes. Les exagérations, sous prétexte de frapper vivement l'imagination et la sensibilité de l'enfant, et d'empêcher ainsi le retour de la même faute, sont extrêmement dangereuses car, ou bien elles amèneront l'enfant à regarder comme faute grave ce qui ne l'est pas et à fausser sa conscience, ou bien, si l'enfant a suffisamment le sens du réel, les exagérations l'amèneront à douter de l'intelligence de celui qui fait la réprimande et l'autorité de celui-ci s'en trouvera compromise.
- Si l'enfant fait une faute, ne la lui faites pas considérer comme l'expression d'un état ou d'une disposition fondamentale en lui, mais comme une faiblesse passagère qui peut ne jamais se renouveller.
L'enfant se dira : « Du moment qu'on pense que je suis sincère, loyal, je ne veux plus que l'on doute de ma loyauté et de mon courage. »
- Il faut savoir choisir le. moment pour faire une observation à un enfant. Ne le grondez pas quand il n'est pas en état de profiter de la réprimande : vous auriez contre vous ses nerfs et toute sa complexité psychique.
N'essayez même pas de le raisonner à ce moment-là, puisque, précisément, il n'est pas « raisonnable ». Attendez un peu que ses nerfs soient tombés.
Si alors vous savez toucher son cœur, vous en ferez tout ce que vous voudrez.
Parlez-lui, à part, par exemple au moment de lui dire bonsoir. Tâchez d'arriver à lui faire dire de lui-même qu'il n'a pas été ce qu'il aurait dû être, et terminez toujours par une parole encourageante.
« J'essaie de lire dans tes yeux ; je vois que tu regrettes le mauvaise exemple que tu as donné, mais il me semble que j'y vois aussi autre chose : que tu vas réparer ta conduite
- Cela ne m'étonne pas de toi, et je suis certain que maintenant tu feras mieux. »
- Ne soudez jamais la collectivité contre vous : votre autorité risquerait vite de disparaître. Pour cela évitez les jugements défavorables à portée générale. Ne dites pas: « Vous avez tous été insupportables aujourd'hui, jamais je n'arriverai à faire quelque chose de bien avec vous. »
- Réduisez le plus possible le nombre des enfants atteints par les réprimandes ou les sanctions : comme la médiocrité commune, le malheur commun rapproche les âmes. Il s'établit fatalement une solidarité entre ceux qui sont atteints par les mêmes mesures sévères. On se console mutuellement et, le cas échéant, on s'excite à la résistance et au mauvais esprit.
- Une autre méthode: si tout le monde a été défaillant, afin de ne pas avoir l'air de traiter votre auditoire en adversaire, incluez-vous vous-même dans la collectivité, et sous forme d'examen de conscience à haute voix, dites: « Aujourd'hui nous n'avons pas été ce que nous aurions pu être. » Terminez d'ailleurs toujours par une parole d'encouragement et ralliez toutes les tendances dynamiques des enfants vers un but positif, un objectif à atteindre dès le lendemain pour réparer la faute de la veille.
- Evitez de réprimander à la chapelle ou à l'église, surtout à haute voix. Un regard suffit souvent à obtenir une meilleure tenue de l'enfant qui s'est oublié ; prenez le délinquant à part à la sortie de l'église.
- Si vous avez à faire une observation à un enfant qui court, ne vous donnez pas le ridicule de courir après lui; faites-le appeler à voix basse par l'un de ses camarades.
- Tant que les reproches n'auront pas eu comme écho le reproche que l'enfant se fait à lui-même dans l'intimité de sa conscience, rien ne sera fait.
- Au risque d'assurer l'impunité à certaines fautes, il est bon de faire sentir à l'enfant qu'une faute avouée est à demi-pardonnée.
- Distribuez les éloges et les blâmes avec discernement, en tenant compte des intentions présumées de l'enfant plus encore que de la matérialité des faits.
- Il faut que l'enfant sente, lorsqu'on lui fait une réprimande, que vraiment on se met à sa place et qu'on souffre du tort qu'il se fait en commettant une négligence. La disposition de sympathie créée par la bonté l'amènera à se faire lui-même le reproche qu'il mérite.
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