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Groupe étudiant

Lundi 22 janvier 2007 1 22 /01 /Jan /2007 16:45

Benoît XVI et la liturgie

Analyse d’une crise

Il suffit de regarder la quantité d’ouvrages dans lesquels le Pape Benoit XVI aborde des questions relatives à la liturgie pour comprendre que c’est un sujet qui lui tient à cœur.

En raison du lien qui existe entre la liturgie et la Foi, l’ancien préfet pour la congrégation pour la doctrine de la Foi n’a pas manqué d’analyser l’importance de la liturgie : « Il est apparu de plus en plus clairement qu'il en va dans la liturgie de notre compré­hension de Dieu et du monde, de notre relation au Christ, à l'Eglise et à nous-mêmes : dans notre rapport avec la liturgie se joue le destin de la foi et de l'Eglise[1] ».

La crise que l’Eglise connaît aujourd’hui, quant à l’expression de la Foi, ne peut donc manquer pour le cardinal Ratzinger d’avoir un écho en liturgie. Contrairement à la nature pre­mière du mouvement liturgique, explique le cardinal Ratzinger, « la réforme liturgique, dans sa réalisation concrè­te, s'est éloignée toujours davantage de cette origine. Le résultat n'a pas été une réanimation, mais une dévastation. D'un côté, on a une liturgie dégénérée en show, où l'on essaie de rendre la religion intéressante à l'aide de bêtises à la mode et de maximes morales aguichantes, avec des succès momen­tanés dans le groupe des fabricants liturgiques, et une attitu­de de recul d'autant plus prononcée chez ceux qui cherchent dans la liturgie, non pas le showmaster spirituel, mais la ren­contre avec le Dieu vivant devant qui tout "faire" devient insi­gnifiant, seule cette rencontre étant capable de nous faire accéder aux vraies richesses de l'être[2] ». Cette liturgie dégé­nérée résulte d'une nouvelle conception de la liturgie, concep­tion plus ou moins consciente, dont les lignes directrices « peuvent se résumer à l’aide de formules telles que créativi­té, liberté, célébration, communauté. Selon cette conception, le rite, les contraintes, l'intériorité, l'ordonnance générale de l'Église apparaissent comme des notions négatives qui carac­térisent une étape à dépasser de l'ancienne liturgie.[3] »

 

I.     Une analyse de la crise liturgique actuelle

 

S'inspirant de Romano Guardini, pionnier du mouvement liturgique, le cardinal Ratzinger rappelait dans son livre Un Chant nouveau pour le Seigneur les trois dimensions ontologiques dans lesquelles se déploie la liturgie : le cosmos, l'histoire et le mystère. Si le cardinal a formulé des réserves sérieuses sur la réforme liturgique, c’est que ces aspects en sont absents.

La nouvelle liturgie, en effet :        

a) n'est pas cosmique, étant limitée au groupe.

b) Elle n'a pas d'histoire, puisqu'elle affirme son émancipation par rapport, à toute donnée extrinsèque et à tout héritage.

c) Elle ne connaît pas le mystère, tout s'y expliquant et devant être expliqué.

 

a)     La nouvelle liturgie et la dimension cosmique

« Il s'agit bien plutôt pour les participants de s'assurer de leur communauté mutuelle et de sortir ainsi de leur isolement, dans lequel l'existence moderne enferme l'individu. Il s'agit de nourrir des senti­ments de libération, de joie, de réconciliation, de dénoncer ce qui est nuisible et de donner des impulsions pour l'action. C'est pourquoi il revient à la communauté de créer elle-même sa liturgie et non de la recevoir de traditions devenues incom­préhensibles : la communauté se représente et se célèbre elle-même.[4] »

« Le groupe s'oppose ainsi à l'Eglise, la communauté à l'institution. La communau­té est le lieu de l'espérance, tandis que l'institution est l'expression de la menace des puissants.[5] »

« Non seulement des prêtres, mais des évêques ont l'impression qu'ils ne sont pas fidèles au concile s'ils repren­nent les prières telles qu'elles figurent dans le missel ; il faut y glisser au moins une formule "créative", si banale qu'elle soit. Et les souhaits de bienvenue aux assistants, éventuelle­ment aussi un au revoir amical, sont déjà devenus des élé­ments obligatoires de l'action sainte, auxquels personne n'oserait se soustraire.[6] »

« La liturgie sans Eglise porte la contradiction en elle-même. Là où tous sont acteurs, pour que tous deviennent sujets, celui qui agit réellement dans la liturgie disparaît lui aussi, en même temps que le sujet commun, l'Église. On oublie, en effet, qu'elle devrait être opus Dei, que c'est d'abord Dieu qui agit et que c'est par son agir que nous sommes sau­vés. En se célébrant lui-même, le groupe ne célèbre rien du tout. Il n'est pas motif à célébration. C'est pourquoi l'activité commune sécrète l'ennui. Rien ne se passe, en effet, si reste absent celui que le monde entier attend. (...) On n'est même plus en droit de parler de liturgie, qui présuppose l'Église ; il ne reste que des rituels de groupe.[7] »

« Les conséquences d'une telle valorisation de la com­munauté vécue au détriment de la réalité sacramentelle sont graves : c'est elle-même que la communauté célèbre.[8] »

Il invite à ce « que la liturgie soit à nouveau une activité communautaire de l'Eglise et qu'elle soit arrachée à l'arbitraire des curés et de leurs équipes liturgiques ».[9]

« La créativité des liturgies autofabriquées se meut dans un cercle restreint, nécessairement misérable, comparée à la richesse d’une  liturgie dont la croissance couvre des siècles et même des millénaires.[10] »

 

b)     La réforme face à l’histoire de la liturgie

« La constitution sur la liturgie du concile a certes posé les fondements pour la réforme ; mais la réforme elle-même a été ensuite mise en œuvre par un conseil post-conciliaire et, dans ses détails concrets, elle ne peut pas être simplement ramené au concile.[11] »

« D'innombrables exposés donnent l'impression que, depuis Vatican II, tout a changé et que tout ce qui l'a précédé est dépourvu de valeur, ou dans le meilleur des cas, n'en acquiert qu'à sa lumière. Le second concile du Vatican n'est pas abordé comme une partie de l'ensemble de la Tradition vivante de l'Eglise, mais comme la fin de la Tradition et un redémarrage à zéro. La vérité est que le Concile n'a défini aucun dogme et a voulu consciemment s'exprimer à un niveau plus modeste, simplement comme un concile pastoral. Pourtant, nombreux sont ceux qui l'interprètent comme s'il était presque le superdogme qui ôte toute importance au reste. Cette impression est surtout renforcée par certains faits courants. Ce qui était autrefois considéré comme le plus sacré - la forme transmise de la liturgie - apparaît d'un seul coup comme ce qu'il y a de plus défendu et la seule chose que l'on puisse rejeter en toute sûreté. -On ne tolère pas la critique des options de la période post-conciliaire ; mais, là où les antiques règles sont en jeu, ou bien les grandes vérités de la foi - par exemple la virginité corporelle de Marie, la résurrection corporelle de Jésus, l'immortalité de l'âme, etc. - on ne réagit même plus, ou alors avec une modération extrême. […]Tout cela conduit de nombreuses personnes à se demander si l'Église d'aujour­d'hui est réellement celle d'hier, ou si on l'a remplacée par une autre sans les en aviser. La seule manière de rendre crédible Vatican II est de le présenter clairement pour ce qu'il est: une partie de l'entière et unique Tradition de l'Église et de sa foi.[12] »

« Il faut constater que le nouveau missel, quels que soient tous ses avantages, a été publié comme un ouvrage réélaboré par des professeurs, et non comme une étape au cours d'une crois­sance continue. Rien de semblable ne s'est jamais produit sous cette forme, cela est contraire au caractère propre de l'évolution liturgique.[13] »

« Ce qui s'est passé après le concile signifie tout autre chose : à la place de la liturgie fruit d'un développement continu, on a mis une liturgie fabriquée. On est sorti du processus vivant de croissance et de devenir pour entrer dans la fabrication. On n'a plus voulu continuer le devenir et la maturation orga­niques du vivant à travers les siècles, et on les a remplacés - à la manière de la production technique - par une fabrication, produit banal de l'instant[14] ». Il avait écrit précédemment « La liturgie ne naît pas d'ordonnances, et l'une des insuffi­sances de la réforme liturgique post-conciliaire est sans aucun doute à chercher dans le zèle de professeurs qui, de leur bureau, ont construit ce qui aurait dû relever d'une crois­sance organique. Un exemple caractéristique à nos yeux de cette manière de faire est la réforme du calendrier... ».[15]

« La crise de la liturgie ne repose que pour une très faible part sur la différence qui existe entre les anciens livres et les nouveaux. Il devient de plus en plus clair qu'à l'arrière-plan de toute la querelle, de profondes divergences de vue se sont fait jour, (...) deux conceptions fondamentalement différentes.[16] » Mais il n'innocente pas pour autant les livres liturgiques officiels, à la différence de certains catholiques qui, par souci d'obéissan­ce, se contentent d'incriminer leurs applications malencon­treuses. Il écrit par exemple : « La prédominance exclusive de la parole, que malheureusement les livres liturgiques officiels eux-mêmes suggèrent quelque peu, est critiquable[17] ». Ailleurs, il critique sans bienveillance le nouveau rituel bap­tismal.[18]

C’est une idée récurrente chez le cardinal : la liturgie appartenant à l'Eglise, personne n'a le droit de la changer à sa guise. D'où cette exclamation remplie de nostalgie : « Elle était si belle, cette continuité qui faisait que l'on ne dépendait ni du curé ni même des autorités romaines ! »[19]

 

c)     La nouvelle liturgie et la présence du mystère 

« Le terme de participatio actuosa (participation active, dans le Concile) a très vite été pris dans le sens extérieur et superficiel d'une activité nécessaire, généralisée, comme s'il fallait que le plus grand nombre des personnes, et le plus souvent possible, soit manifestement actives. Certes, le mot participation implique une action à laquelle chacun est associé. Mais pour définir le type d'activité dont il s'agit, il faut d'abord établir ce qu'est l' actio centrale à laquelle tous les membres de la communauté sont censés prendre part... La véritable action liturgique, l'acte liturgique par excellence est l'oratio, la grande prière qui forme le noyau de l'Eucharistie, laquelle, pour cette raison, fut appelée oratio par les Pères... L'oratio - la Prière eucharistique, le canon - est actio au sens le plus élevé... Les actions extérieures de la liturgie (lectures, chants, collecte des dons) peuvent, bien entendu, être réparties de façon appropriée, mais en marquant bien la différence entre participation au service de la parole (lecture, chant) et célébration sacramentelle proprement dite. L'aspect secondaire de ces actions extérieures devrait être clairement manifestée ; l'évidence doit s'imposer : l' oratio ouvre l'espace à l'actio de Dieu. »[20]

« La liturgie n'est pas un show, un spectacle qui ait besoin de metteurs en scène géniaux, ni d'acteurs de talent. La liturgie ne vit pas de surprises sympathiques, de trouvailles captivantes mais de répétitions solennelles. Elle ne doit pas exprimer l'actualité et ce qu'elle a d'éphémère, mais le mystère du sacré. »[21]

« Il en est ressorti qu'on n'avait une participation active que s'il y avait activité extérieure tangible : discours, paroles, chants, homé­lies, lectures, poignées de mains... Mais on a oublié que le concile place aussi dans l'actuosa participatio le silence, qui favorise une participation vraiment profonde, personnelle, nous permettant d'écouter intérieurement la parole du Seigneur. Or, de ce silence, il n'y a plus trace dans certains rites. »[22]

« La prière communautaire de la liturgie doit, elle aussi, tendre à ce qu'on ne parle pas seulement les uns aux autres, mais bien à Dieu. C'est alors que nous parlerons le mieux et le plus pro­fondément ensemble. »[23]

« Nous devons redonner à la liturgie la dimension du sacré. La liturgie n'est pas un festival, elle n'est pas une réunion de détente. Ce qui importe, ce n'est pas que le curé réussisse à produire de son cru des idées suggestives ou des élucubrations. La liturgie, c'est Dieu trois fois saint se rendant présent parmi nous, c'est le buisson ardent, c'est l'alliance de Dieu avec l'homme, en Jésus-Christ, celui qui est mort et ressuscité. La grandeur de la liturgie ne se fonde pas sur le fait qu'elle offre un passe-temps intéressant, elle consiste bien plutôt dans l'acte de se rendre tangible du Totalement­-Autre que nous ne sommes pas en mesure de faire venir. Il vient parce qu'Il le veut. Autrement dit, l'essentiel dans la liturgie est le mystère, qui se réalise dans le rite commun de l'Eglise ; tout le reste la réduit. Les gens le ressentent vivement, et se sentent trompés, lorsque le mystère se transforme en distraction, quand l'auteur principal dans la liturgie n'est pas le Dieu vivant mais le prêtre ou l'animateur liturgique. »[24]

« Le silence, cheminement en commun vers l'homme intérieur ... est indispensable à une véritable participatio actuosa... Un discours ininterrompu à haute voix étouffe l'exigence intrinsèque des paroles... La proclamation du canon constamment à haute voix appelle à grands cris une variété à laquelle la multiplication des prières eucharistiques, si grande soit-elle, ne saurait suffire ... La variété elle aussi devient à la longue ennuyeuse, […] d'autant plus que leur qualité et leur convenance théologique sont parfois à la limite du suppor­table »[25], note de façon incisive le cardinal.

Le cardinal Ratzinger évoque avec tristesse « l'appauvris­sement. effrayant résultant de la mise à la porte de l'Eglise de la beauté gratuite, remplacée par une soumission exclusive à l'utilitaire », « le froid que fait passer sur nous la morne litur­gie post-conciliaire », « l'ennui que provoque son goût pour le banal et sa médiocrité artistique ».[26]

« La banalité et le rationalisme enfan­tin de liturgies autobricolées, avec leur théâtralité artificielle, laissent de plus en plus apparaître leur grande pauvreté : leur inconsistance saute aux yeux. Le pouvoir du mystère s'est évanoui et les petites autosatisfactions qui prétendent compenser cette perte ne peuvent plus satisfaire à la longue les fonctionnaires eux-mêmes. »[27]

« L'exigence aujourd'hui vraiment répandue n'est pas celle d'une liturgie sécularisée, mais au contraire d'une nouvelle rencontre avec le Sacré au moyen d'un culte qui permette de reconnaître la présence de l'Eternel. »[28]

 

II. La valeur du rit tridentin

 

En préliminaire, rappelons que le cardinal a toujours esti­mé qu'un véritable pluralisme devait reconnaître que la litur­gie traditionnelle a une place.[29] On sait aussi sa bienveillance concrète envers les prêtres et communautés religieuses qui en assurent la pérennité. I1 écrivait dès 1982 à propos de ses défenseurs : « Tous leurs reproches sont-ils injustifiés ? Par exemple, n'est-il pas vraiment singulier qu'on n'ait jamais entendu, à l'égard des destructions faites au cours même de la liturgie, de réactions épiscopales semblables à celles qui s'expriment aujourd'hui contre l'emploi d'un missel de l'Eglise dont l'existence remonte bien plus haut que Pie V ? »[30]

Il développe la même idée d’un droit à l’existence au milieu du pluralisme actuel : « Je suis certes d'avis que l'on devrait accorder beaucoup plus généreusement à tous ceux qui le souhaitent le droit de conserver l'ancien rite. On ne voit d'ailleurs pas ce que cela aurait de dangereux ou d'inacceptable. Une communauté qui déclare soudain strictement interdit ce qui était jusqu'alors pour elle ce qu'il y a de plus sacré et de plus haut, et à qui l'on présente comme inconvenant le regret qu'elle en a, se met elle­-même en question. Comment la croirait-on encore ? Ne va-t­-elle pas interdire demain ce qu'elle prescrit aujourd'hui ?... Des centres où la liturgie est célébrée sans affectation, mais avec respect et grandeur, attirent, même si l'on ne comprend pas chaque mot. C'est de tels centres, qui peuvent servir de critères, que nous avons besoin. Malheureusement, la tolérance envers des fantaisies aventureuses est chez nous presque illimitée, mais elle est pratiquement inexistante envers l'ancienne liturgie. On est sûrement ainsi sur le mauvais chemin ».[31]

C’est par respect pour la Tradition qu’il faut garder ce rit : « Pour souligner qu'il n'y a pas de rupture essentielle, que la continuité et l'identité de l'Eglise existent, il me semble indispensable de maintenir la possibilité de célébrer selon l'ancien Missel comme signe de l'identité permanente de l'Eglise. C'est pour moi la raison fondamentale : ce qui était jusqu'en 1969 LA liturgie de l'Eglise, la chose la plus sacrée pour nous tous, ne peut pas devenir après 1969 -avec un positivisme incroyable- la chose la plus inacceptable ».[32]

Contrairement au N.O.M., le missel de Trente ne tombe pas sous la critique d’un missel fabriqué de toute pièce : « Il n'y a pas en effet de liturgie tridentine et, jusqu'en 1965, personne n'aurait su dire ce que recouvrait cette appellation. Le concile de Trente n'a fabriqué aucune liturgie. Et, au sens strict, il n'y a pas non plus de missel de saint Pie V. Le missel qui parut en 1570 sur l'ordre de saint Pie V ne se différenciait que par d'infimes détails de la première édition imprimée du Missale romanum publiée juste cent ans plus tôt ».[33]

Le cardinal ne se fait cependant pas d’illusion sur l’accueil reçu dans bons nombre d’endroit par les fidèles attachés au rit tridentin : « il ne serait pas très réaliste de vouloir passer sous silence les moins bonnes choses : qu'en maints endroits les difficultés persistent et continuent à persister, parce que tant les évêques que les prêtres et les fidèles considèrent cet attachement à la liturgie ancienne comme un élément de division, qui ne fait que troubler la communauté ecclésiale et qui fait naître des soupçons sur une acceptation du concile « sous réserve seulement », et plus généralement sur l'obéissance envers les pasteurs légitimes de l'Eglise. »[34]

Il exprime une des raisons de cet acharnement contre la liturgie tridentine : « C'est seulement à partir de la disqualification pratique de Trente, que l'on peut comprendre l'exaspération accompagnant la lutte contre la possibilité de célébrer encore, après la réforme liturgique, la messe selon le missel de 1962. Cette possibilité est la contradiction la plus forte et dès lors la moins tolérable par rapport à l'opinion de qui estime que la foi en l'Eucharistie formulée par Trente a perdu sa validité. »[35]

La liturgie tridentine conserve aux yeux  de notre pape toutes les qualités d’une bonne liturgie : elle permet aux fidèles de participer à l’action sainte tout en préservant le mystère :

« De nombreuses raisons peuvent avoir induit beaucoup de gens à chercher refuge dans l'ancienne liturgie. La principale est qu'ils y trouvent conservée la dignité du sacré. Après le Concile, beaucoup ont élevé consciemment la "désacralisation" au rang de programme d'action »[36]

Il s'ensuit que la participation active des fidèles est pos­sible dans le rite romain d'avant 1969. C'est sans paradoxe aucun que le cardinal écrivait, dans sa préface au missel édité par le Barroux, que cette réédition, en aidant les fidèles « à participer activement à la célébration de la sainte Messe (...) contribuera à sa manière au renouveau liturgique deman­dé par le concile Vatican II ». Dans La célébration de la foi, il a ces mots splendides : « Comparée à l'activisme uniquement extérieur qui s'est installé çà et là, l'ancienne manière de par­ticiper en silence au déroulement de la messe était beaucoup plus réaliste et dramatique : participation à l'action essentiel­le, percée de la communauté de foi hors des profondeurs et par-dessus les abîmes du silence ».[37]

Une dernière citation, tirée du hors-série de l’homme nouveau, enquête sur l’esprit de la liturgie p.56 : « HN : Une question, Éminence, en marge de votre livre mais en rapport, quand même avec la liturgie. Elle concerne les catholiques vivant selon les dispositions du Motu pro­prio Ecclesia Dei. Ils ont été fortement secoués par des dis­positions qui les ont inquiétés sur leur place dans l'Église aujourd'hui. Est-ce que la liturgie qu'ils célèbrent a une place et est-ce qu'elle peut être utile à l'Église ?

Cal J. R. : Oui, assurément, elle a une place. Il me semble très important de montrer l'identité fondamentale qui existe entre l'un et l'autre rite. II n'y a pas de rupture. Et, donc, cette liturgie, dans la dernière forme codifiée en 1962, doit être conservée. Elle a une longue histoire de piété. Tant de saints ont vécu avec cette liturgie, avec cette forme très vénérable, ce trésor de l'Église. J'estime donc que les auto­rités de l'Église doivent être larges et généreuses, afin de permettre aux fidèles d'y avoir accès. La crainte d'une déchirure de l'Église, si l'on accorde généreusement cette liturgie, me semble vraiment exagérée. En étant généreux, nous nous apercevrions que ces catholiques veulent être fidèles à l'Église, aux évêques et que dès lors, ils vivront en paix avec la nouvelle liturgie. »

 

 

Il semble évident que pour notre pape, le maintien de la liturgie traditionnel est nécessaire pour que soit maintenu vivante dans l’Eglise une façon de s’approcher de Dieu qui dévoile et qui voile en même temps, une façon de cultiver le mystère : « Nous avons connu tant d'inquiétudes que je suis favorable, pour le moment, à un peu de paix liturgique. Et à une maturation qui conduira sûrement demain - mais cela, laissons-le à la Providence - à une réforme de la réforme.[38] »



[1] Un chant nouveau pour le Seigneur, p. 7

[2] La réforme liturgique en question, préface, p. 6

[3] La célébration de la Foi, p. 61

[4] Un chant nouveau pour le Seigneur, p. 49

[5] Un chant nouveau pour le Seigneur, p. 49

[6] Un chant nouveau pour le Seigneur, pp. 153-154

[7] Un chant nouveau pour le Seigneur, p. 156

[8] Ibid., p. 103

[9] La réforme liturgique en question, préface, p. 07

[10] La célébration de la Foi, p. 67

[11] Un chant nouveau pour le Seigneur, p. 175

[12] Discours aux évêques chiliens, in La Pensée Catholique, n°237

[13] La célébration de la Foi, p. 84

[14] La réforme liturgique en question, préface, p. 08

[15] La célébration de la Foi, p. 79

[16] La célébration de la Foi, p. 61

[17] La célébration de la Foi, p. 71

[18] Les principes de la théologie catholique, Téqui, 1985, pp. 44 et 113

[19] 30 jours n°5, 1993

[20] L’esprit de la liturgie

[21] Entretien sur la Foi, p. 151

[22] Entretien sur la Foi, p. 151

[23] La célébration de la Foi, p. 70

[24] Discours aux évêques chiliens, in La Pensée Catholique, n°237

[25] La célébration de la Foi, p. 71

[26] La célébration de la Foi, p. 96

[27] Un chant nouveau pour le Seigneur, pp. 49-50

[28] La célébration de la Foi, p. 56

[29] Entretien sur la Foi, p. 146

[30] Les principes de la théologie catholique, Téqui, 1985, pp. 436

[31] Le sel de la terre, p. 172

[32] La théologie de la liturgie, conférence donnée à Fontgombault, 22-24 juillet 2001

[33] La célébration de la Foi

[34] Discours pour le 10e anniversaire du motu proprio Ecclesia Dei.

[35] La théologie de la liturgie, conférence donnée à Fontgombault, 22-24 juillet 2001

[36] Discours aux évêques chiliens, in La Pensée Catholique, n°237

[37] La célébration de la Foi, p. 87

[38] 30 jours n°5, 1993

Par Abbé Sauvonnet - Publié dans : Groupe étudiant
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Jeudi 30 novembre 2006 4 30 /11 /Nov /2006 14:50
Pourquoi la messe traditionnelle?

I. La Messe : quelques rappels importants.

 

Pourquoi les chrétiens attachent-ils autant d’importance à la messe ?

 

La sainte messe est le sacrifice du Corps et du Sang de Jésus­-Christ, offert sur nos autels sous les espèces du pain et du vin en souvenir du sacrifice du Christ.

Catéchisme de saint Pie X

 

La messe est à la fois et inséparablement le mémorial sacrificiel dans lequel se perpétue le sacrifice de la Croix, et le banquet sacré de la communion au Corps et au Sang du Seigneur.

Catéchisme de l’Église Catholique.

 

L’Église et le monde ont un grand besoin du culte eucharistique. Jésus nous attend dans ce sacrement de l’amour. Ne refusons pas du temps pour aller Le rencontrer dans l’adoration, dans la contemplation pleine de foi et ouverte à réparer les fautes graves et les délits du monde. Que ne cesse jamais notre adoration …

Jean-Paul II, Dominicae cenae

 

 

Ne dit-on pas que la messe est avant tout le rassemblement du peuple chrétien, réuni pour louer Dieu ?

 

Le saint sacrifice de l’autel n’est donc pas une pure et simple commémoration des souffrances et de la mort de Jésus-Christ, mais un vrai sacrifice, au sens propre, dans lequel, par une immolation non sanglante, le Souverain Prêtre fait ce qu’il a fait sur la croix, en s’offrant lui-même au Père éternel comme une hostie très agréable.

Pie XII, Mediator Dei

 

Le sacrement le plus vénérable est la très sainte Eucharistie dans laquelle le Christ Seigneur lui-même est contenu, offert et reçu, et par laquelle l’Eglise vit et croît continuellement. Le sacrifice eucharistique, mémorial de la mort et de la résurrection du Seigneur, dans lequel le sacrifice de la Croix est perpétué au long des siècles, est le sommet et la source de tout le culte et de toute la vie chrétienne, par lequel est signifiée et réalisée l’unité du peuple de Dieu et s’achève la construction du corps du Christ. En effet, les autres sacrements et toutes les œuvres d’apostolat de l’Eglise sont étroitement liés à la très sainte Eucharistie et y sont ordonnés.

Code de droit canon (Can. 897) Pourquoi la messe a-t-elle un caractère public ?

 

 

La prière personnelle ne suffit-elle pas ?

 

Dans le sacrifice de la Croix, l’expiation des fautes humaines a été parfaite et absolue ; et ce n’est pas une autre expiation qui fait l’essence du sacrifice eucharistique ; et c’est celle-là même. Comme il fallait, en effet, qu’un rite sacrificatoire accompagnât la religion dans toute la suite des temps, le plan divin du rédempteur a été que le sacrifice consommé une seule fois sur la croix devint perpétuel et ininterrompu. La forme de cette perpétuité est celle de la très sainte Eucharistie qui ne nous présente pas seulement une vaine figure ou un souvenir, mais la réalité elle-même, quoique sous un aspect différent- ; et c’est pour cela que l’efficacité de ce sacrifice, soit pour obtenir, soit pour expier, découle tout entière de la mort du Christ.

Léon XIII, Caritatis studium

 

Les liturgies individuelles viennent se grouper, se fondre et puiser leur sève dans la liturgie collective du grand vivant, de l’homme parfait, du Christ complet qui est l’Eglise. C’est toute la vie de l’Eglise qui s’exprime et qui s’épanouit dans sa liturgie toutes les relations de la création avec Dieu y trouvent leur principe et leur achèvement ; par les procédés mêmes qui réalisent en chacun et en tous l’union divine, la liturgie rend à Dieu tout honneur et toute gloire.

Dom Delatte (abbé de Solesmes), Commentaire sur la Règle de St Benoît

 

 

Croyez-vous vraiment que Jésus soit présent à la messe ?

 

On reste émerveillé devant ces divers modes de présence du Christ et on y trouve à contempler le mystère même de l’Église. Pourtant, bien autre est le mode, vraiment sublime, selon lequel le Christ est présent à l’Église, dans le sacrement de l’Eucharistie. C’est pourquoi celui-ci est parmi tous les sacrements le plus doux pour la dévotion, le plus beau pour l’intelligence, le plus saint pour ce qu’il renferme ; oui, il renferme le Christ lui-même et il est comme la perfection de la vie spirituelle et la fin à laquelle tendent tous les sacrements. Cette présence, on la nomme réelle, non à titre exclusif, comme si les autres présences n’étaient pas réelles, mais par excellence parce qu’elle est substantielle, et que par elle le Christ, Homme-Dieu, se rend présent tout entier.

Paul VI, Mysterium fidei

 

 

Pourquoi est-il obligatoire d’assister à la messe ?

 

L’Eucharistie du dimanche fonde et sanctionne toute la pratique chrétienne. C’est pourquoi les fidèles sont obligés de participer à l’Eucharistie les jours de précepte, à moins d’être excusés pour une raison sérieuse (par exemple la maladie, le soin des nourrissons) ou dispensés par leur pasteur propre. Ceux qui, délibérément, manquent à cette obligation commettent un péché grave.

Catéchisme de l’Eglise catholique

 

L’Eucharistie étant vraiment le cœur du dimanche, on comprend pourquoi, dés les premiers siècles, les pasteurs n’ont cessé de rappeler à leurs fidèles la nécessités de participer à l’assemblée liturgique. Le jour du Seigneur, laissez tout et courez en hâte à votre assemblée… (Didascalie des Apôtres, Ille siècle)… L’appel des pasteurs a rencontré généralement dans l’âme des fidèles une adhésion empressée et, si les périodes et les situations n’ont pas manqué où affaibli l’ardeur à remplir ce devoir, on ne peut cependant pas ne pas rappeler l’héroïsme authentique avec lequel prêtres et fidèles ont obéi à cette obligation dans de nombreuses situations de dangers et de restrictions à la liberté religieuse, comme on peut le constater depuis les premiers siècles jusqu’à notre époque… C’est le cas des martyrs d’Abithina, en Afrique proconsulaire, qui répondirent à leurs accusateurs : « C’est sans crainte aucune que nous avons célébré la Cène du Seigneur, parce qu’on ne peut y renoncer ; c’est notre loi… »

Cette obligation de conscience, fondée sur un besoin intérieur que les chrétiens des premiers siècles éprouvaient avec tant de force, l’Eglise n’a cessé de l’affirmer… Le Code actuel écrit que le dimanche et les autres jours de fête de précepte, les fidèles sont tenus par l’obligation de participer à la Messe (canon 1248). Cette loi a été normalement entendue comme impliquant une obligation grave : c’est ce qu’enseigne aussi le Catéchisme de l’Eglise catholique (N°2181).

Jean-Paul II, Dies Domini

 

 

II. La Messe traditionnelle.

 

Qu’appelle-t-on messe traditionnelle ?

 

Le Missel romain, promulgué en 1570 par Notre prédécesseur saint Pie V, sur l’ordre du Concile de Trente, a été reçu par tous comme l’un des fruits nombreux et admirables que ce saint Concile a répandus dans l’Église du Christ tout entière. Durant quatre siècles, en effet, non seulement il a fourni aux prêtres du rite latin la norme de la célébration du sacrifice eucharistique, mais encore les saints prédicateurs de l’Évangile l’ont répandu dans presque tout l’univers. De plus, d’innombrables saints ont abondamment nourri leur piété envers Dieu par ses lectures des Saintes Écritures ou par ses prières, dont l’ordonnance générale remontait pour l’essentiel à saint Grégoire le Grand.

Paul VI, constitution Missale Romanum

 

Les modifications apportées au missel romain durant plus de 1400 ans n’ont en rien touché au rite proprement dit, contrairement à ce que nous vivons aujourd’hui dans des conditions effrayantes ; il s’est seulement agi d’enrichissements en fêtes nouvelles, en formulaires de messes et en certaines prières.

Mgr Gamber (directeur de l’Institut liturgique de Ratisbonne),
La réforme liturgique en question

 

 

La liturgie de la messe ne peut-elle donc pas évoluer ?

 

Le culte s’organise et se développe selon les circonstances et les besoins des chrétiens, il s’enrichit de nouveaux rites, de nouvelles cérémonies et de nouvelles formules, toujours dans le but que nous tirions enseignement de ces signes extérieurs, que nous prenions conscience de nos progrès et que nous nous stimulions fortement à les poursuivre, car la valeur du résultat dépendra de la ferveur qui l’aura précédé.

Pie XII, Mediator Dei

 

La liturgie comporte une partie immuable, d’institution divine, et des parties sujettes au changement, qui peuvent varier au cours des âges et même le doivent s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature de la liturgie elle-­même.

Concile Vatican II, Sacrosanctum concilium

 

Cette fixité des parties essentielles de la liturgie est également garante de la véritable liberté des fidèles : grâce à elle, ils seront sûrs de ne pas être livrés à quelque invention d’un individu ou d’un groupe, mais de rencontrer ce qui oblige aussi bien leur curé ou leur évêque que le pape, et leur donne à tous la possibilité d’user de leur liberté pour s’approprier personnellement le mystère qui nous est destiné à tous.

Cardinal Joseph Ratzinger, La célébration de la foi

 

Les papes jusqu’à Paul VI n’ont pas apporté de modifications à l’ordinaire de la messe proprement dit, alors qu’après le concile de Trente tout particulièrement, ils ont introduit de nouveaux propres pour de nouvelles fêtes.

Mgr Mans Gamber (directeur de l’Institut liturgique de Ratisbonne),

La réforme liturgique en question

 

 

Mais que fait-on de l’initiative du peuple de Dieu, prêtres ou fidèles ?

 

Il se rend coupable de falsification, celui qui, au nom de l’Eglise, célèbre le culte divin de manière opposée à celui qui est établi par l’Eglise en vertu de l’autorité divine qui est traditionnelle dans l’ Eglise.

Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique

 

C’est pourquoi absolument personne d’autre (que le siège apostolique et les évêques), même prêtre, ne peut de son propre chef enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie.

Concile Vatican II, Sacrosanctum concilium

 

Dans la liturgie de l’Eglise qui s’est graduellement formée, il y a tout à l’ait place pour des forces d’organisation créatrices. On les trouve dans le domaine de l’organisation artistique, surtout musicale, mais aussi dans la réalisation concrète des services liturgiques et de la préparation adaptée à chaque circonstance de l’espace liturgique …

Cardinal Joseph Ratzinger, La célébration de la foi

 

La grande tradition culturelle de la foi renferme une immense forme d’actualisation. Ce qui, dans les musées, n’est peut-être qu’un témoignage du passé, considéré avec une nostalgique admiration, est rendu constamment présent dans la liturgie, dans sa fraîcheur intacte. Et la foi d’aujourd’hui n’est pas confinée au silence, loin de là. Un regard attentif discernera que même notre époque a donné naissance à d’importantes œuvres d’art inspirées par la foi, dans le domaine de la peinture aussi bien que dans celui de la musique (sans parler de la littérature). Aujourd’hui encore, la joie en Dieu et le contact de sa présence dans la liturgie représente une source puissante et inépuisable d’inspiration. Les artistes qui suivent cette voie n’ont nul besoin de se sentir à l’arrière-garde culturelle : la liberté creuse qu’ils laissent derrière eux lasse d’elle-même. L’humble soumission à ce qui nous précède dispense la vraie liberté et nous conduit aux véritables hauteurs de notre vocation d’homme.

Cardinal Joseph Ratzinger (préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi), L’esprit de la liturgie

 

 

On parle souvent de messe de saint Pie V ; pourquoi en rester à une forme de la messe datant du X VIe siècle ?

 

Le missel dit de Pie V ne sera que la reprise, avec de rares corrections, du missel à l’usage de la curie romaine en 1474…. La simple lecture est suffisante pour convaincre du peu de changements que la commission formée par saint Pie V a opérés dans le missel de 1474… Il s’agissait de rendre aux temps liturgiques leur valeur et de mieux choisir la célébration des fêtes des saints.

Dom Adrien Nocent (professeur à l’Institut pontifical de liturgie Saint­ Anselme),
La messe avant et après saint PieV

 

La réforme de saint Pie V n’a rien créé de nouveau. On s’est contenté d’établir une version uniforme du missel en en éliminant les innovations qui v avaient été introduites au cours des siècles.

Mgr Gamber, La réforme liturgique en question

 

Il n’y a pas en effet de liturgie tridentine et, jusqu’en 1965, personne n’aurait su dire ce que recouvrait cette appellation. Le concile de Trente n’a fabriqué aucune liturgie. Et, au sens strict, il n’y a pas non plus de missel de saint Pie V. Le missel qui parut en 1570 sur l’ordre de saint Pie V ne se différenciait que par d’infimes détails de la première édition imprimée du Missale romanum publiée juste cent ans plus tôt.

Cardinal Joseph Ratzinger, La célébration de la foi

 

 

N’est-elle pas le signe d’une époque révolue ? Il faut s’adapter à son temps !

Mais ce n’est pas non plus la messe des apôtres ! Les premiers chrétiens ne célébraient-ils pas plus simplement la messe ?

 

C’est en effet de la tradition apostolique que, grâce à Dieu, nous avons reçu le texte lui-même de la prière canonique que nous chérissons plus que tout.

Pape Vigile

 

Car il (le canon) n’est composé que des paroles mêmes du Seigneur, de la tradition des apôtres et des pieuses institutions des souverains pontifes.

Concile de Trente

 

Mais il n’est pas sage ni louable de tout ramener en toute manière à l’Antiquité. De sorte que, par exemple, ce serait sortir de la voie droite de vouloir rendre à l’autel sa forme primitive de table. […] De même, en effet, qu’aucun catholique sérieux ne peut, dans le but de revenir aux anciennes formules employées par les premiers conciles, écarter les expressions de la doctrine chrétienne que l’Eglise, sous l’inspiration et la conduite de l’Esprit saint, a dans des âges plus récents élaborées …

Pie XII, Mediator Dei

Finalement, en quoi cette liturgie exprime-t-elle particulièrement la foi de l’Eglise au sujet de l’Eucharistie ?

 

La liturgie traditionnelle est le fruit d’un long développement homogène, continu, ininterrompu depuis des siècles. C’est toujours avec une extrême prudence que les pontifes y ont apporté des modifications, car elle est, par-delà les siècles, notre lien avec le Christ et ses apôtres, avec les premiers chrétiens, avec les premiers martyrs. Elle est restée pour l’essentiel identique depuis des siècles, exprimant, aujourd’hui comme hier, la foi du Christ et des apôtres.

 

Elle oriente les âmes vers Dieu et témoigne de notre adoration envers sa présence réelle :

• par l’orientation du prêtre et de l’autel ;

• par les gestes d’adoration ;

• par le mystère et le silence sacré qui entourent la consécration s

• par le rite de la communion ;

• par l’usage d’une langue sacrée ;

• par les signes de respect envers l’hostie.

 

Elle affirme le caractère sacrificiel de la messe :

• par les prières de l’offertoire qui montrent le caractère propitiatoire de l’offrande qui est faite ; c’est Jésus-Christ immolé pour nos fautes, afin que la Rédemption s’accomplisse ;

• par les prières du canon.

 

Elle est l’œuvre du Christ à travers son ministre. Le prêtre seul peut offrir ce sacrifice

• par la distinction nette entre l’action prépondérante du prêtre et celle des fidèles ; les vêtements, les prières prononcées, la place à l’autel en témoignent ;

• par les paroles de la consécration qui ne sont pas un récit, mais une action.

 

Conclusion : l’essentiel de ce qu’est la messe se trouve donc parfaitement affirmé dans cette liturgie.

 

« Le Peuple de Dieu a besoin de voir dans les prêtres et les diacres un comportement plein de révérence et de dignité, capable de l’aider à pénétrer les choses invisibles, même avec peu de paroles et d’explications. Dans le Missel romain, dit de St Pie V, comme dans les diverses liturgies orientales, on trouve de très belles prières avec lesquelles le prêtre exprime le plus profond sens d’humilité et de révérence face aux saints mystères : celles-ci révèlent la substance même de la liturgie.

La célébration liturgique présidée par le prêtre est une assemblée priante, rassemblée dans la foi et attentive à la Parole de Dieu. Son premier but est de présenter à la divine Majesté le Sacrifice vivant, pur et saint, offert sur le Calvaire une fois pour toutes par le Seigneur Jésus, qui se rend présent chaque fois que l’Eglise célèbre la sainte Messe pour exprimer le culte dû à Dieu en esprit et en vérité. »

Jean-Paul II, à la Congrégation pour le Culte divin le 21 Septembre 2001

Par Les abbés - Publié dans : Groupe étudiant
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