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Catéchisme pour adultes

Dimanche 22 avril 2007 7 22 /04 /Avr /2007 00:24

Le devoir électoral du chrétien


I. Nécessité d’une implication du chrétien dans la cité.

 

 

Le principe fondamental est la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ. (CF. encyclique Quas primas)

Il en découle que du fait de notre baptême, nous devons œuvrer à l’avènement de ce règne dans  la Res Publiqua : dans la cité.

« Les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la ‘politique’, à savoir à l’action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun»[1]

 

On assisté trop aujourd’hui à une séparation entre la vie chrétienne et la vie publique, séparation que renforce l’atmosphère contemporaine de laïcité.

« Leur condition de citoyens, disciples du Christ, ne doit pas les mener à conduire "deux vies parallèles:  d'un côté, la vie qu'on nomme "spirituelle" avec ses valeurs et ses exigences; et de l'autre, la vie dite "séculière", c'est-à-dire la vie de famille, de travail, de rapports sociaux, d'engagement politique, d'activités culturelles" (Ibid., n. 59). Au contraire, ils doivent faire en sorte que la cohérence entre leur vie et leur foi soit un témoignage éloquent de la vérité du message chrétien. »[2]

Dans l’œuvre du salut et le triomphe de la croix,  les laïcs ont une place qui leur est propre : travailler pour notre Seigneur, non pas dans les âmes, comme font les prêtres mais dans la société. « Cette tâche concerne surtout les laïcs, car leur mission est précisément "le renouvellement de l'ordre temporel. Eclairés par la lumière de l'Evangile, conduits par l'Esprit de l'Eglise, entraînés par la charité chrétienne ils doivent dans ce domaine agir par eux-mêmes d'une manière bien déterminée" (Apostolicam actuositatem, n. 7). Il est donc nécessaire de leur offrir une formation religieuse adaptée, qui les rende capables d'affronter les nombreux défis de la société actuelle. »[3]

 

C’est une telle formation que nous allons maintenant exposer.

 

II. La question du vote.

 

A. Est-ce un devoir ?

 

– Voici la démonstration qu’apportent les manuels de Morale :

Vittrant, Théologie Morale, p. 236 :

« Origine et nature du droit de vote. - Bien qu’il soit impossible de démontrer qu’un droit d’intervention plus ou moins direct dans les affaires de l’État soit un attribut essentiel de la nature humaine, les citoyens doivent cependant s’intéresser au Bien Commun, et tous ont un droit strict à être bien gouvernés.

Dès lors, là où d’après la Constitution les citoyens, ou au moins une partie d’entre eux, ont un droit de vote, c’est un devoir certain pour chacun des membres du corps électoral de faire usage de son droit au profit de la Cité. Cf. St Thomas, IIa IIae, q. 101 et 102.

Gravité et excuses. - 1. - Systématiquement et sans excuse valable s’abstenir de voter constitue, dans les pays soumis au régime démocratique, une faute grave. […]

3. - Lorsque le devoir de voter constitue une obligation grave, seul un motif vraiment sérieux, - de santé ou autre, - pourra  excuser légitimement de prendre part au scrutin. »

 

Héribert Jone « L’abstention électorale sans motif semble tout au moins un péché véniel, quand le bon candidat a un concurrent mauvais. Elle peut devenir un péché grave, si, par cette abstention, on est cause qu’un mauvais candidat est élu. »

 

Müller : « § r. - Les citoyens électeurs des pays à gouvernement légitimé sont tenus, de par la justice sociale, de faire usage de leur droit d’électeurs, sous peine de faute grave, lorsque leur vote est nécessaire ou très utile, pour assurer l’élection d’un bon candidat ou pour empêcher celle d’un mauvais, A moins de raison excusante proportionnellement grave, qui de nos jours existera rarement. » P. 103.

 

– Enseignement de Pie XII sur ce point :

« Il est à peine nécessaire de vous rappeler que, lorsqu’il s’agit des fondements moraux de la famille et de l’Etat, des droits de Dieu et de l’Eglise, tous, hommes et femmes, quelle que soit leur classe ou leur condition sociale, sont strictement tenus de faire usage de leurs droits politiques, les mettant au service de la bonne cause. »[4]

 

« Un bon nombre d’entre vous jouit déjà des droits politiques, du droit de vote. A ces droits correspondent autant de devoirs ; au droit de vote, le devoir de voter, le devoir de n’accorder votre suffrage qu’aux candidats ou aux listes de candidats qui présentent non pas des promesses vagues et ambiguës, mais des garanties sûres qu’ils respecteront les droits de Dieu et de la religion. Pensez-y bien : ce devoir est pour vous sacré ; il vous oblige en conscience ; il vous oblige devant Dieu, car avec votre bulletin de vote, vous avez entre les mains les intérêts supérieurs de votre patrie : il s’agit de garantir et de conserver à votre peuple la civilisation chrétienne, à ses jeunes filles et à ses femmes leur dignité, à ses familles leurs mères chrétiennes. L’heure est grave. Soyez conscientes de votre responsabilité. Allez, allez toutes de l’avant, jeunes filles et adoles­centes. Allez de l’avant par votre exemple. Allez et éclairez les consciences ignorantes, incertaines, hési­tantes. Allez et instruisez de maison en maison, de famille en famille, de rue en rue, de région en région. Ne vous laissez vaincre par personne, en activité, en ferveur, en zèle, en esprit de vérité, de justice, d’amour.

Cependant, votre action sociale et politique dépend beaucoup de la législation de l’Etat et de l’adminis­tration municipale. C’est pourquoi le bulletin électoral aux mains de la femme catholique est un moyen important pour accomplir son rigoureux devoir de conscience, surtout dans les temps actuels. »[5]

 

« Le peuple est appelé à prendre une part toujours plus importante dans la vie publique de la nation. Cette participation comporte de graves responsabilités. D’où la nécessité pour les fidèles d’avoir des connaissances nettes, solides, précises, touchant leurs devoirs d’ordre moral et religieux dans l’exercice des droits civiques, en particulier du droit de vote. A ce propos, Nous avons donné des directives concrètes dans notre dernier discours aux curés et aux prédicateurs de Carême de Rome. Elles valent substantiellement aussi pour l’Action catholique. Bien entendu, cette dernière n’est pas un parti politique et elle se tient au-dessus de la politique de parti. Mais c’est précisément pour cela qu’elle doit, d’autant plus, en ces semaines et en ces mois, éclairer les catholiques sur les intérêts religieux, actuellement exposés à de graves dangers, et les persuader, en public et en particulier, hommes et femmes, un à un, de l’importance et de la gravité de l’obligation qui les astreint, comme chrétiens, à l’accomplissement correct de leurs devoirs politiques. Pour l’Action catholique, vaut aussi le conseil de ne pas fermer l’oreille aux leçons et aux avertissements de l’histoire. Celle-ci ne fournit jusqu’à aujourd’hui aucun exemple d’un peuple ou d’un pays, qui, après s’être détaché de l’Eglise et de la civilisation catholique, y soit retourné intégralement. Ceux qui demeurèrent fidèles à l’Eglise purent bien lutter courageusement, héroïquement ; mais, une fois consommée la catastrophe et accompli le pas fatal, on n’a jamais pu, jusqu’à présent, complètement réparer le mal et rétablir la situation antérieure. »[6]

 

« L’exercice du droit de vote est un acte de grave responsabilité morale, au moins quand il s’agit d’élire ceux qui sont appelés à donner au pays sa constitution et ses lois, celles, en particulier qui touchent, par exemple, à la sanctification des fêtes, au mariage, à la famille, à l’école, au règlement juste et équitable des multiples questions sociales. Il appartient donc à l’Eglise d’expliquer aux fidèles les devoirs moraux qui découlent de ce droit électoral ». (Discours aux curés de Rome du 16 mars 1946). Le Saint Père y reviendra de nouveau en 1948 :

« -1° Dans les circonstances présentes, c’est une stricte obligation pour tous ceux qui en ont le droit, hommes et femmes, de prendre part aux élections. Quiconque s’en abstient, spécialement par indolence ou par lâcheté, commet en soi un péché grave, une faute mortelle.

-2° Chacun doit voter suivant le dictamen de sa propre conscience. Or, il est évident que la voix de la conscience impose à tout catholique de donner sa voix aux candidats qui offrent des garanties vraiment suffisantes pour la protection des droits de Dieu et des âmes, pour le véritable bien des parti­culiers, des familles et de la société, selon la loi de Dieu et la doctrine morale chrétienne ». (All. aux Curés de Rome, 10 mars 1948.)

 

Enseignement de Jean-Paul II :

« Cela revêt aujourd'hui une importance particulière en vue des prochaines élections générales dans votre pays. A ce propos, en tant que pasteurs de vos communautés ecclésiales, vous avez publié l'Exhortation "Le Christ nous a libérés pour que nous restions libres (cf. Ga 5, 1)", dans laquelle vous invitez toute la population à exercer sans retard le droit et le devoir du vote, en pensant au bien de la nation. »[7]


B. Pour quel candidat doit-on voter ?

 

 Vittrant : « - Si l’on doit choisir entre deux candidats, il convient de voter pour le meilleur, bien qu’on puisse admettre qu’il suffise de voter pour un candidat digne de la fonction à pourvoir, même s’il n’est pas le meilleur.

- Si l’on doit choisir entre trois candidats ou d’avantage, il peut souvent être plus judicieux de choisir, - non pas nécessairement le meilleur, si le meilleur n’a pas de chances appréciables, - mais le plus recommandable ou même seulement le moins mauvais de ceux qui ont une chance réelle d’être élus. »

 

Héribert Jone « On ne peut donner sa voix à un mauvais candidat que si c’est nécessaire pour empêcher l’élection d’un plus mauvais ; mais une déclaration appropriée doit expliquer le motif de cette manière d’agir. »

 

Müller : « § 2. - Les électeurs doivent, en soi " sub gravi " et en stricte justice, (quasi-contrat avec l’Etat), voter pour un candidat capable et digne, toutes les fois qu’il y a un tel candidat qui a des chances de succès ; ils peuvent cependant voter pour un indigne, pour une raison très sérieuse, à savoir lorsque :

a) c’est le seul moyen de faire échouer un candidat encore pire ;

b) dans une élection par scrutin de liste, de bons candidats ne peuvent passer qu’avec des candidats mauvais ;

c) ne pas voter pour un mauvais candidat comporterait un très grave dommage personnel, tel que perte de sa place. »

 

 

Le Cardinal Ratzinger a publié, le 24 novembre 2002, une Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, texte très instructif à bien des égards, dans lequel il affirme :

« Dans ce contexte, il faut ajouter que la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne d’encourager par son vote la mise en œuvre d’un programme politique ou d’une loi dans lesquels le contenu fondamental de la foi et de la morale serait évincé par la présentation de propositions différentes de ce contenu ou opposées à lui. Parce que la foi est un tout indivisible, il n’est pas logique d’isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique.

L’engagement politique en faveur d’un aspect isolé de la doctrine sociale de l’Église ne suffit pas à répondre totalement à la responsabilité pour le bien commun. Les catholiques ne peuvent pas non plus songer à déléguer à d’autres l’engagement qu’ils ont reçu de l’Évangile de Jésus Christ, pour que la vérité sur l’homme et sur le monde puisse être annoncée et atteinte.

[…]Dans des circonstances récentes, il est arrivé que, même au sein de certaines associations ou organisations d’inspiration catholique, sont apparues des orientations en faveur de forces et de mouvements politiques qui, sur des questions éthiques fondamentales, ont exprimé des positions contraires à l’enseignement moral et social de l’Église. De tels choix et de telles connivences, parce qu’ils sont en contradiction avec des principes fondamentaux de la conscience chrétienne, ne sont pas compatibles avec l’appartenance à des associations ou à des organisations qui se définissent comme catholiques »

 

Le dominicain Jean-Miguel Garrigues écrit et commente ce texte dans famille Chrétienne :

JM Garrigues : " La politique est l'art du meilleur possible.(..) Le chrétien ne doit viser le paradis sur terre et doit tolérer le moindre mal !"

Famille Chrétienne : "Pour autant, est-il possible de tout tolérer dans les programmes des candidats ?"

JM Garrigues : " La Note répond évidemment par la négative. Une conscience chrétienne ne peut favoriser par son vote la mise en acte d'une loi ou d'un programme politique dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits. Il y a des exigences éthiques fondamentales auxquelles on ne peut renoncer. La Note donne comme exemples, outre l'avortement et l'euthanasie, les menaces contre la famille fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent."

FC : " Au final, il reste très peu de candidats compatibles..."

JM Garrigues : " Il faut revenir à la question du moindre mal. Quand une loi comme celle autorisant l'avortement est déjà en vigueur, la Note, à la suite de l'encyclique Evangelium vitae, permet d'apporter son soutien à des propositions législatives encore moralement imparfaites, mais susceptibles d'en limiter de quelque manière la nocivité morale. Les catholiques français peuvent voter pour un programme électoral si celui-ci n'aggrave pas, mais au contaire atténue en quelque domaine, les atteintes à la personne humaine que comporte la législation actuellement en vigueur.(...)"

FC : "Le choix du prochain président sera-t-il forcément un dilemme ?"

JM Garrigues : "  Cela pourrait bien être le cas a second tour. Les catholiques risquent de se trouver devant des exigences éthiques aux conséquences redoutables.(...) On peut voter pour un programme moralement imparfait, mais seulement à condition que celui atténue  les imperfections éthiques de la législation actuelle. Si tel n'est pas le cas, la Note ne permet pas de voter pour lui seulement parce qu'il semble moralement moins nocif que l'autre, ou parce qu'il ne comporte pas comme celui-ci d'autres menaces. En somme, la Note ne permet de choisir le moindre mal que dans une dynamique de redressement éthique par rapport à la situation précédente. Si ce n'est pas, elle laisse les catholiques devant une objection de conscience électorale."

 

Il semble qu’il y ait contradiction avec les textes de morale cités plus haut et l’analyse du P. Garrigues. Il faut distinguer dans cette question la nature de la coopération que l’on apporterait à un candidat, dans la perspective du moindre mal. En effet cela reste toujours un mal. Le P. Garrigues pense qu’on ne peut en aucune façon soutenir ce candidat. Ce serait le cas si la coopération était formelle, si elle n’est que matérielle, cela reste envisageable (mais pas obligatoire), selon ce qu’écrit le Cardinal Ratzinger  au Cardinal McCarrick, dans une lettre rendue publique en Juillet 2004 :

« A Catholic would be guilty of formal cooperation in evil, and so unworthy to present himself for Holy Communion, if he were to deliberately vote for a candidate precisely because of the candidate’s permissive stand on abortion and/or euthanasia. When a Catholic does not share a candidate’s stand in favour of abortion and/or euthanasia, but votes for that candidate for other reasons, it is considered remote material cooperation, which can be permitted in the presence of proportionate reasons. »

 

Au final, nous souscrivons à l’avis suivant :

la Fondation de service politique soutient qu'il est possible de voter pour un candidat ou un programme qui comporte des points contraires à l’enseignement de l’Église, mais à deux conditions, et deux conditions infrangibles :

1/Si et seulement si ce programme est [...] meilleur que les autres au regard du bien commun de la société tout entière ;

2/ et si et seulement si l’électeur s’engage lui-même pour que la ou les mesures contraires à la loi naturelle soit un jour ou l’autre interdite. [on retrouve les raisons proportionnées évoquées par le Cardinal Ratzinger plus haut…]

 

Dans tous les cas, le vote est un acte qui engage chacun en conscience : il faut voter et voter au mieux. Mais pour ce faire, il faut vraiment prendre le temps de se renseigner sur le contenu des programmes politiques, et prendre conseil.

Mais prenons aussi en compte cet avis du Cal Ratzinger : « Il ne suffit pas de penser, et ce serait réducteur, que l’engagement social des catholiques puisse se limiter à une simple transformation des structures, car, si à la base il n’y a pas une culture capable de recevoir, de justifier et d’envisager les exigences qui découlent de la foi et de la morale, les transformations reposeront toujours sur des fondements fragiles. » Il faut transmettre cette culture, ce terreau favorable au triomphe social de notre Seigneur, dans les âmes et la société, il nous faut des écoles vraiment catholiques !!!



[1] Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici (30 décembre 1988), n. 42: AAS 81 (1989), p 472; La Documentation catholique 1986 (1989), p. 177.

[2] DISCOURS DU PAPE JEAN PAUL II AUX ÉVÊQUES DU NICARAGUA EN VISITE  "AD LIMINA APOSTOLORUM" Vendredi 21 septembre 2001

[3] Idem

[4] Al. à des ouvrières catholiques, 15 août 1945.

[5] Al. à la jeunesse féminine de Rome, 12 mai 1946.

[6] All. à la jeunesse masculine d’A. C. italienne, 2o avril 1946.

[7] DISCOURS DU PAPE JEAN PAUL II AUX ÉVÊQUES DU NICARAGUA EN VISITE  "AD LIMINA APOSTOLORUM" Vendredi 21 septembre 2001

Par Abbé Sauvonnet - Publié dans : Catéchisme pour adultes
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